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Au Brésil, la prévention des catastrophes naturelles reste largement défaillante

Posted in Américas, Meio-Ambiente by Larissa Sauer on 30/06/2010

| 30.06.10 | 15h05 • Mis à jour le 30.06.10 | 15h06

Les inondations meurtrières, qui ont frappé, du 20 au 23 juin, le nord-est du Brésil, ont mis en évidence de sérieuses défaillances gouvernementales dans la prévention des catastrophes naturelles.

Des pluies diluviennes ont fait, selon des chiffres toujours provisoires, 57 morts, 69 disparus et plus de 300 000 sinistrés dans les Etats d’Alagoas et du Pernambouc. Elles ont détruit plus de 30 000 habitations, 140 ponts et des milliers de kilomètres de routes. Le bilan matériel et humain aurait pu être beaucoup moins lourd si les populations avaient été mieux préparées à affronter pareilles intempéries, d’une ampleur certes exceptionnelle, mais qui surviennent assez souvent dans cette région équatoriale.

Comme chaque année, en cette saison, les alizés venus de l’Atlantique poussent vers le continent des nuages orageux qui se déversent sur la zone côtière. Deux événements thermiques ont, cette fois, amplifié le phénomène.

D’une part, l’eau de l’océan est plus chaude – d’un degré et demi – qu’à l’ordinaire. D’autre part, des masses d’air froid, venues de Patagonie, se sont déplacées bien plus au nord que d’habitude. Cette péripétie, soit dit en passant, n’a rien à voir avec la Niña, ce refroidissement périodique des eaux du Pacifique.

D’où des pluies torrentielles qui ont, selon les zones, atteint ou battu les records historiques de précipitation enregistrés dans les années 1960. Il est tombé, en trois jours, autant d’eau qu’en un mois d’une année moyennement pluvieuse.

L’Etat du Pernambouc ne dispose d’aucun satellite météo à même de fournir des informations précises avec trois à cinq jours d’avance. Les services officiels ne reçoivent que des données satellitaires, trop imprécises. Pourtant, relève la presse, l’achat d’un tel radar ne représenterait que 5 % du coût de construction du stade de football local prévu pour le Mondial de 2014. A défaut, dans de nombreux villages, l’approche du désastre a été annoncée par les cloches des églises ou par les haut-parleurs de véhicules municipaux.

L’Etat d’Alagoas est équipé d’un radar. Mais nombre de villes, notamment les plus vulnérables, n’y possèdent pas de défense civile, le réseau d’alerte et d’assistance aux populations en péril. Des dizaines de milliers d’habitants n’ont donc pu être secourus à temps. De manière plus générale, des spécialistes plaident pour une réorganisation de la défense civile, trop réactive et pas assez préventive.

Les deux Etats en question sont en outre indirectement victimes de manigances politiques. Non seulement l’Etat fédéral n’a, cette année, débloqué qu’une faible partie (14 %) du budget alloué à la prévention des catastrophes. Mais la manière dont il l’a distribué semble hautement contestable.

Selon l’ONG Contas Abertas, l’Etat de Bahia, moins exposé que ses deux voisins, a pourtant reçu 37 % de l’argent fédéral, contre seulement 9 % pour le Pernambouc et 0,3 % pour l’Alagoas. Ce budget était géré par Geddel Vieira Lima, jusqu’à récemment ministre de l’intégration nationale, actuel candidat au poste de gouverneur à Bahia, et apparemment expert en démagogie préélectorale.

L’insuffisance de la prévention est d’autant moins justifiable qu’un tiers des villes et des villages dévastés cette année l’avaient déjà été au moins une fois depuis 2003. Le réchauffement climatique dans cette zone tropicale augure une multiplication d’épisodes de ce genre : dans le nord-est brésilien, 2010 s’annonce comme l’année la plus chaude depuis le début des relevés météorologiques, en 1880.

L’imprévoyance accompagne et aggrave d’autres erreurs, administratives ou environnementales : trop d’habitations ont été construites au bord des cours d’eau ; les riverains arrachent la végétation qui pourrait les protéger des inondations ; la majorité des municipalités n’appliquent aucun plan d’occupation des sols.

Mais, comme le souligne un éditorialiste de l’hebdomadaire Epoca, la prévention ne fait pas partie du discours politique, entièrement centré sur l’action immédiate, car elle “ne rapporte pas de voix”.

Disponível: http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/06/30/au-bresil-la-prevention-des-catastrophes-naturelles-reste-largement-defaillante_1380988_3244.html

Acesso em: 30/06/2010

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