Clipping de Relações Internacionais

Obama entame une incertaine marche face à l’Iran

Washington – Le Figaro – 28/09/09

Les yeux dans les yeux, l’Iran et les pays membres du Conseil de sécurité vont tenter une négociation de la dernière chance jeudi. Obama aborde les pourparlers en position de force.

Un nouveau cycle diplomatique crucial s’ouvre jeudi 1er octobre pour Barack Obama. Lors de ce face-à-face entre l’Iran et les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne, la nouvelle Administration va tenter une négociation de la dernière chance visant à amener le régime d’Ahmadinejad à dévoiler ses plans nucléaires et à abandonner toute idée de construction de la bombe. Cela fait maintenant sept ans que l’Occident joue au chat et à la souris avec l’Iran. C’est dire si la négociation s’annonce difficile et imprévisible.

Mais il faut reconnaître que l’Administration d’Obama aborde les pourparlers en position de force, vu le consensus qui s’est dessiné à New York et Pittsburgh sur la nécessité de durcir le ton. L’annonce par les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne de la découverte d’un nouveau site clandestin d’enrichissement d’uranium près de Qom a suscité un mouvement de mobilisation de la communauté internationale. «Elle est plus unie que jamais… Même les pays hostiles à discuter des sanctions pourraient changer d’avis», a dit Obama lors de sa conférence de presse de vendredi à Pittsburgh, parlant d’une position bien plus favorable «pour appliquer des sanctions qui font mal», si la diplomatie échoue. Le changement de ton de la Russie est le plus notable. Les Américains affirment qu’ils comptent bien exploiter ce basculement général d’humeur pour exiger des Iraniens une ouverture à l’AIEA du nouveau site secret «dans les prochaines semaines». Le New York Times affirmait dimanche qu’ils envisageaient aussi de demander aux Iraniens d’accepter des inspections de l’AIEA à travers tout le pays.

 

Changement de posture russe

 

Pour Washington, ce durcissement de ton fait suite à une période d’appel au dialogue qui n’a pas porté les fruits attendus. Mais il ne signifie nullement que les Américains soient à la veille d’un succès majeur face à Téhéran. Les experts soulignent tous qu’une éventuelle percée dépendra essentiellement de la capacité de Washington à mettre la Russie de son côté. Or un vrai suspense demeure sur la réalité et les motivations du changement de posture russe.

Allié crucial de Téhéran, Moscou possède une série de leviers – notamment économiques – qui font défaut aux Occidentaux. Vu l’étroitesse de leur relation avec l’Iran, toute la question est de savoir «où se tiendront les Russes» à l’issue du délai fixé à la fin de l’année, résume un diplomate occidental. Les sceptiques remarquent que les Russes n’ont pas intérêt à un rapprochement irano-occidental. «La peur d’un Iran nucléaire est-elle plus grande à Moscou que le désir de nuire aux positions américaines ?», s’interrogeait au printemps un diplomate américain. Il n’est pas sûr non plus que la Russie soit emballée par l’appel à la dénucléarisation du monde d’Obama. Comme le note l’éditorialiste Jim Hoagland dans le Washington Post de dimanche, les militaires russes, empêtrés dans la réforme de leurs forces armées, misent toujours sur la dissuasion nucléaire et n’adhèrent pas à l’idée, selon eux naïve, que les négociations de désarmement puissent freiner la prolifération.

Les Chinois semblent encore moins emballés à l’idée de «punir» l’Iran. Le Financial Times a rapporté que les compagnies chinoises avaient commencé de fournir du carburant à l’Iran, remplissant le vide laissé par BP qui a stoppé ses livraisons l’an passé. Gros producteur de pétrole, Téhéran ne dispose pas de capacités suffisantes en matière de raffinage, fragilité que les États-Unis veulent exploiter. Mais le coup de pouce chinois en dit long sur la difficulté de la mise en œuvre. Instruits par la résistance de Cuba à un embargo vieux de 40 ans, les Américains se demandent si des sanctions ne tremperont pas la volonté iranienne. «Mon sentiment instinctif est qu’ils seraient prêts à en absorber le coût pour acquérir des armes nucléaires», affirme l’expert Ray Takeyh.

 

Le scénario militaire

 

Reste un scénario militaire. Si Obama ne l’a pas exclu vendredi, il n’a aucunement la faveur de l’Administration. Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, estimait hier sur CNN qu’une offensive militaire contre l’Iran ne ferait que faire «gagner du temps» aux États-Unis, retardant le programme nucléaire de Téhéran «d’un à trois ans». Selon un ancien diplomate parlant au Figaro sous couvert de l’anonymat, l’équipe d’Obama se prépare déjà psychologiquement à l’idée d’un Iran passant le seuil nucléaire. Une telle réalité exigerait des États-Unis, le même système de dissuasion et de couplage avec les pays du Moyen-Orient, que celui mis en place en Europe face à l’URSS pendant la guerre froide, a-t-il expliqué.

Disponível em: http://www.lefigaro.fr/international/2009/09/28/01003-20090928ARTFIG00411-obama-entame-une-incertaine-marche-face-a-l-iran-.php

Acessado : 28/09/09

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